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Tribu Snorkeling numéro 2 - juillet septembre 2008

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Nos déchets sèment la mort en mer

Tout déchet solide abandonné, visible à l’œil nu, d’origine humaine (domestique, industrielle ou commerciale) ou naturelle, est un macrodéchet, dans la mesure où il devra être ramassé pour être éliminé.

Leur durée de vie dans la nature ?
Mouchoir en papier : 3 mois
Peaux de fruits : 3 mois à 2 ans
Mégots : de 1 à 2 ans
Chewing-gum : 5 ans
Bouteilles en plastique : 100 à 1000 ans
Canette en aluminium : 200 à 500 ans
Sachets plastiques : 400 ans
Verre : 4000 ans
Batteries, piles : une éternité

20 janvier 2007, le Napoli s’échoue au sud de l'Angleterre. Le navire transporte plus de 2300 conteneurs et en perd une centaine, tombée à l'eau dans l’accident. Quelques jours plus tard en France, les plages des Côtes d'Armor et du Finistère Nord sont envahies par des boulettes de fuel, quelques oiseaux mazoutés agonisants, et des « cadeaux » inattendus : des milliers de sachets de gâteaux, des flacons d’eau de Cologne, etc.
Un scénario classique de pollution par macrodéchets, qui ne date pas d’hier : déjà en 1997, une étude estimait à 6,4 millions de tonnes la quantité de déchets rejetés chaque année en mer. Dix ans après, le fléau continue et ne fait que s’accentuer.
Composés de bois, métaux, verre, carton, les macrodéchets sont abandonnés en pleine nature, délibérément souvent ou par négligence. Pour ceux qui finissent en mer, 80% ont une origine terrestre directe : ils sont perdus lors des transports industriels, chargés dans les eaux usées, laissés sur les plages par les vacanciers, sur les digues par les amateurs de pêche, abandonnés sur des sites transformés en décharges sauvages, arrachés des villes lors des tempêtes… Les 20% restants sont d’origine « nauti- que » : filets de pêche commerciale, cargaison tombée des navires marchands, déchets jetés ou perdus par les bateaux de plaisance, les vaisseaux militaires et les plates-formes de forage.
Le problème s’est aggravé il y a une quarantaine d’années avec l’apparition des substances synthétiques, les plastiques issus des produits pétroliers. Aujourd’hui, cachés ou plus visibles, ils envahissent notre quotidien. Et l’environnement a un mal fou à s’en débarrasser.
Un rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) publié en 2005 évaluait en effet à 13 000 le nombre de débris plastiques flottants par kilomètre carré d’océan, chiffre revu à la hausse l’année suivante (18 000). Certes, ces estimations doivent être prises avec précaution, mais soulignent bien l’ampleur du phénomène.

Un long voyage
Une fois introduits dans l’écosystème marin, les macrodéchets peuvent y rester une éternité. L’océanographe américain Curtis Ebbesmeyer a réalisé un test avec des sandales et jouets en plastique dans le Pacifique Nord. Il a montré que les objets flottants pouvaient parcourir 13 000 kilomètres et revenir trois ans plus tard à leur point de départ ! Les résultats de cette expérience coïncident avec la modélisation du gyre subarctique, courant au trajet circulaire qui s’étend de l’Amérique du Nord à l’Asie. C’est lui qui a baladé trois ans durant une partie de la cargaison (29 000 jouets) perdue par un cargo parti de Hong-Kong pour Washington en 1992. Point d’arrivée ? L’Alaska. Preuve que rien ne se perd !
Quid d’une destruction providentielle de ces déchets ? Pas de miracle, certains mettront des centaines, voire des milliers d’années avant de s’éclipser. Car, si faute de moyens, les bactéries renoncent au sale boulot, il ne reste que trois options : la dégradation physique par l’érosion (frottements dans les vagues, les récifs) et la décomposition chimique par photolyse (sous l’action de la lumière du soleil) ou hydrolyse (sous l’action de l’eau). Evidemment, il en faut du temps pour arriver à un résultat…
Outre celle de récupérer les détritus rencontrés en milieu naturel, les solutions se situent surtout en amont : consommer autrement, recycler, revoir le stockage des déchets, miser sur le biodégradable, et adopter un comportement citoyen. En attendant des jours meilleurs, des pôles à l’équateur, des surfaces aux profondeurs, aucun océan n’échappe au flux incessant des macrodéchets.

Les animaux paient cach
En novembre 2006, Greenpeace a publié un rapport édifiant au sujet de l’impact des macrodéchets sur la faune marine. Reprenant une enquête de 1996, l’ONG rappelle que les débris de plastique bouleversent l’existence d’au moins « 267 » espèces (oiseaux, tortues, phoques, otaries, lamantins, cétacés, poissons, crustacés). « Au moins 267 » car depuis, chaque année écoulée a apporté son lot de nouvelles victimes.
Prisonniers de filets abandonnés, de boîtes, de lignes, paralysés et privés d’oxygène, les animaux  finissent étranglés ou par se noyer (dauphins, requins, tortues). Quant aux plus chanceux, seulement handicapés dans leurs déplacements par ces véritables boulets, ils se fatiguent plus rapidement et voient leur espérance de vie diminuer. Les animaux les avalent aussi par mégarde ou confusion avec leurs proies. Le ventre rempli, ils n’éprouvent plus la sensation de faim, ni le besoin de s’alimenter. Et leur tube digestif risque chaque fois la perforation.

 

L’océan Pacifique, accumulateur de déchets flottants
Elle couvre six fois la France, dans l’océan Pacifique entre Hawaii et la Californie, juste à côté de la plus grande réserve marine du monde. C’est une vaste plaque de tonnes de déchets flottants, qui charrie tout ce que les activités humaines peuvent engendrer de détritus, plastiques notamment. Sa localisation s’explique par le gyre subarctique du Pacifique Nord, un phénomène de vortex, ou tourbillon : les courants océaniques font converger les déchets vers cette zone, qui s’y accumulent d’autant plus que les vents y sont absents. Sa masse totale serait de 3,5 millions de tonnes et le tourbillon d’ordures aurait par endroits une épaisseur de plusieurs mètres. L’impact sur la faune marine est déjà dramatique. Avec l’effet du sel, des ultraviolets, des mouvements d’eau, ces déchets ont une tendance à se fragmenter en des millions de morceaux microscopiques. Ils sont ensuite ingérés par les animaux marins et les oiseaux, provoquant intoxications, empoisonnements, occlusions intestinales. Ces débris sont aussi de véritables accumulateurs de polluants et produits toxiques.
Des prélèvements d’eau ont montré qu’il existait plus de microparticules plastiques que de plancton dans cette zone de l’océan ! Il serait illusoire de croire que cette île de déchets sera un jour nettoyée : trop de déchets, des coûts exorbitants que personne ne veut assumer et une absence de mobilisation internationale et de volonté politique.



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