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Tribu Snorkeling numéro 2 - juillet septembre 2008

> Bouches de Bonifacio - Iles Lavezzi version PDF

Balades au cœur de la  réserve  naturelle
des Bouches de Bonifacio

Le sentier sous-marin des îles Lavezzi

Le sentier est une invitation à découvrir les fonds sous-marins de Corse en famille. Dans des conditions idéales de sécurité et une nature préservée, avec un guide solide et bienveillant.

Comment y aller ?
Les bateliers sont nombreux sur le port (quai d’honneur et quai Comparetti) à proposer l’excursion aux îles Lavezzi ; la petite heure de traversée vous donnera le temps d’admirer depuis la mer les falaises de Bonifacio.
Vous arrivez à la cala di u Grecu. Le sentier pédestre est entièrement balisé. Pour une visite complète de l’île à pied, comptez une heure et demie de marche facile, mais prévoyez casquette et eau en quantité suffisante : vous ne trouverez aucune ombre ni point d’eau potable ; une balade à éviter avec de jeunes enfants. Pour le sentier sous-marin, vingt minutes de marche suffisent à rejoindre la plage de la cala di Lazarina, à l’est de l’île.

Le site
Jean-Louis Pieraggi est guide animateur de l’Office de l’environnement de la Corse (OEC). Il accueille le public en été sur le sentier sous-marin. Gratuitement, du lundi au jeudi, et par groupes de cinq randonneurs au maximum, « au-delà, il y a toujours quelqu’un qui ne voit pas ce que l’on montre. Et pour la sécurité c’est mieux ».
La planche est gonflée, les lignes d’eau installées, le petit parasol rouge offre un rempart providentiel au soleil. Jean-Louis distribue le matériel (pas les palmes), vous offre un petit guide immergeable pour reconnaître les espèces des fonds que vous visiterez, règle la sangle du masque du petit si besoin, donne deux trois conseils d’aisance. Toujours fin prêt à vous guider sur ce qu’il considère être « la vitrine sous-marine de la Corse-du-Sud ».
La mise à l’eau se fait en douceur depuis la plage de sable. Les oblades chatouillent déjà les pieds. Le premier sentier (parcours n°1) se fait par petits fonds, très progressivement jusqu’à deux, trois mètres (vous êtes à mi parcours), et à une dizaine de mètres au plus profond. C’est un itinéraire entre étendues de sable et herbiers de posidonies, parsemé de roches et de petits éboulis : vous verrez peut-être des animaux cachés, enfouis dans les sédiments - vives (attention à leurs épines venimeuses), petites soles, raies bouclées, gobies des fonds sableux. Ou des rougets de roche en groupes, fouissant le sable avec leurs barbillons à la recherche de vers et de petits crustacés.
Comme souvent, les serrans-écriture seront sans doute stationnaires au-dessus des mattes de posidonies toutes proches. Petits sars, bancs de saupes, girelles, labres, rascasses brunes affectionnent ces lisières entre herbiers et fonds rocheux couverts d’algues. Les prairies sous-marines peuvent aussi cacher de très belles nacres.
Aux nageurs aguerris, Jean-Louis propose une randonnée un peu plus longue, sur des fonds d’une quinzaine de mètres (parcours n°2 et 3). La balade se fait en pleine eau, en remontant les écueils côté large. L’impression de nage dans le bleu s’accentue en rejoignant l’îlot de La Sémillante, où se dresse sa pyramide (celle-ci fut érigée en hommage aux centaines de marins et militaires morts le 14 février 1855 dans le naufrage de la frégate).

Ces deux zones sont soumises aux courants, les herbiers de posidonies sont compacts, les îlots entourés d’amoncellements de blocs, la roche découpée de failles et de surplombs : aux abords des petites pointes exposées, vous avez des chances d’apercevoir dentis et daurades royales, barracudas, gros sars furtifs, corbs se faufilant dans les éboulis, mais aussi pageaux, loups, voire mérous juvéniles à l’entrée des grottes…

Jean-Louis vous parlera sans doute de l’île, de son classement en réserve naturelle dès 1982, des espèces végétales et des fleurs endémiques rencontrées sur le sentier pédestre. Du granite et du calcaire. Des tafoni aussi, cette érosion si particulière qui creuse tous les types de roche. Mais surtout de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, sur laquelle il veille avec les autres gardes terrestres et maritimes, et le groupe de scientifiques de l’OEC. Il connaît les petites criques sauvages, les multiples sentiers, le nom des oiseaux et des monts environnants.
Jean-Louis aime la nature. Il est chasseur sous-marin à ses heures, randonneur, partage les joies de la plage comme il s’adonne au sport et à la natation. Il a été moniteur d’apnée puis de plongée en bouteille avant d’animer le sentier. Il a beaucoup voyagé, dans toutes les îles de Polynésie ou en Martinique. Les comportements en société, les choix alimentaires, les poissons qu’il pêche et qu’il partage, l’animation du sentier sous-marin… Jean-Louis envisage cela comme un tout.
L’hiver, il donne des conférences et participe à des programmes pédagogiques dans une trentaine de classes. Au printemps, il emmène les écoliers sur les sentiers du littoral, leur apprend les senteurs du maquis, les mares temporaires, l’évolution des milieux naturels. Enfin les sorties en mer arrivent avec les beaux jours, comme une récompense de fin d’année : l’évasion, les grands espaces, les poissons.
L’été, c’est aussi pour Jean-Louis le temps du sentier. Il guide les touristes dans un environnement qui leur est souvent inconnu, aide les randonneurs à poser leur regard sur les fonds marins, à comprendre les mœurs des espèces. Il accompagne aussi une simple balade dans l’eau ou une nage d’entretien.
Jean-Louis se rend compte qu’il aborde de plus en plus, lors de ses randonnées, les questions de préservation, du maintien des ressources, du respect des habitats terrestres et marins. Il ne met plus seulement « au contact ».

Il peut être inquiet pour la santé de la Méditerra-   née : peu renouvelée par les courants, elle subit de plein fouet une pollution invisible, métaux lourds et pesticides, macrodéchets, urbanisation littorale… Mais il reste aussi convaincu de la curiosité des randonneurs qu’il conduit sur le sentier de la cala di Lazarina et du bien-fondé de son rôle de guide - de garde - d’éducateur. Pour y croire encore. Si chacun fait sa part.
 

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