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Tribu Snorkeling numéro 1 - avril juin 2008

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Interview
A fleur d'eau

Nous avons rencontré Valérie aux Maldives. Notre équipe était partie
en reportage tester l’une des premières croisières snorkeling inscrites au catalogue plongée d’un important voyagiste. Une croisière dans l’un des plus bels archipels du monde, pour voguer paisiblement d’atoll en atoll, nager avec les raies mantas et autres splendeurs de la mer…Avec, en tout et pour tout, un simple kit PMT pour la semaine.

Nous voulions témoigner de cet intérêt, nouveau en France, des voyagistes plongée pour la randonnée palmée, de l’offre commerciale que celui-ci allait sans doute susciter face à une demande frémissante.
La découverte de la mer allait-elle s’ouvrir au plus grand nombre, concerner familles et enfants, être enfin proposée sans autre but que d’émerveiller, montrer simplement, presque naturellement, ce monde d’eau, inconnu, coloré, vivant ?

Le superbe bateau traditionnel devait accueillir une douzaine de personnes, des plongeurs en bouteille et des randonneurs palmés. De notre côté, tout était prêt : les palmes, masques et tubas, la pile de tee-shirts pour les heures passées dans l’eau, un peu de crème, des blocs-notes et des dizaines de pellicules photo… Nous avions lu les guides, vu ces 1200 îles posées sur l’océan Indien, minuscules et si lointaines dans notre imaginaire. Les Maldives.
Nous apprenons à quelques jours du départ que Valérie sera la seule snorkeleuse du voyage, sur les sept passagers que comptera finalement notre bateau… Notre motivation n’a pas faibli ; quant à juger de l’engouement de nos compatriotes pour la randonnée palmée, nous verrions bien.

Nous avons rencontré Valérie en arrivant à       bord ; une vraie débutante avec un grand passé maritime. Valérie a navigué dans des endroits magnifiques, îles Grenadines ou Caraïbes, sans jamais regarder ce qu’il y avait sous la mer. Elle, c’est la voile et les régates en catamaran qui la motivent, avec plein vent et pieds maintenus fermes sur le pont du bateau. Elle pratique de manière régulière depuis une dizaine d’années, elle aime l’eau, le soleil ; c’est pour elle          « un bon moyen de déconnecter » de son boulot de biologiste. Elle devait d’ailleurs s’inscrire à un stage de voile plutôt qu’à cette croisière snorkeling. N’ayant rien trouvé d’intéressant, elle s’était finalement décidée pour les Maldives ; au moins, elle prendrait un peu de bon temps à l’abri de l’hiver lyonnais.
Nous le comprendrons plus tard, Valérie ne faisait pas qu’échapper aux frimas de la saison. L’histoire était ancienne. « J’étais tranquille au bord de la piscine, quelqu’un est arrivé derrière moi et m’a poussée dans l’eau. » La surprise avait été trop forte. Il lui était difficile depuis de se baigner en étant tout à fait à l’aise. Mettre la tête sous l’eau n’était pas envisageable, et le tuba ne pouvait être qu’un frein au passage de l’air.
C’est une autre épreuve, un accident assez sérieux, qui va la conduire à se réapproprier l’élément liquide. « J’ai découvert le plaisir de palmer en rééducation et des copains m’ont proposé le snorkeling. La première fois que j’ai mis un masque et un tuba, c’était avec eux. J’avais un peu d’appréhension à respirer sous l’eau, mais comme j’avais aussi vraiment confiance en eux, ils ont pu m’expliquer comment respirer. Avec des gens plein de patience et de bons initiateurs, on apprend vite à faire du snorkeling. Et c’est tellement agréable de nager avec des palmes. »

Valérie ne connaissait rien du monde sous-marin en arrivant sur le bateau. Elle a trouvé cela très bien justement. « Quand tu ne sais absolument rien, comme moi, sur les espèces, le corail, sur tout en fait, c’est bien, tu apprends tout le temps quelque chose : le nom d’un poisson, comment vit celui-ci, si cette étoile est carnivore. Tous les jours, je me disais, tiens, celui-là, je ne l’ai encore jamais vu ! » Bien sûr, Valérie a beaucoup apprécié son guide, qu’il lui explique tout, qu’ils partagent ensemble leur randonnée. Finalement, nous étions toujours tous les quatre : Valérie et Jérôme, et notre équipe de deux. Un jeune mousse bien amariné nous suivait parfois avec la petite annexe à moteur, pour nous déplacer sur les sites, surveiller les zones de courant. De temps en temps, il venait aussi avec nous dans l’eau, cette fois, juste pour le plaisir. De leur côté, les plongeurs en bouteille s’en donnaient à cœur joie avec Michaël, dans un tout autre registre : plongées dérivantes, descentes à 40, shark point.

Valérie a été « fascinée ». « Ce qui m’a le plus marquée, c’est de découvrir un monde si coloré. Même si je ne m’en faisais pas vraiment d’idée avant de venir, je ne pensais pas voir autant de poissons, de variétés, de couleurs... »

Valérie sera restée à la surface de l’océan durant toute la semaine. Mais elle aura été à l’aise, et surtout, n’aura eu aucune peur. Un peu d’émotion, oui, et le cœur battant, le jour où elle s’est retrouvée seule, deux minutes, au milieu d’un banc de raies mantas. « Heureusement, vous m’aviez prévenue qu’elles n’étaient pas méchantes ! » Nous les avions repérées au loin devant le bateau, alors que nous naviguions vers Ari Atoll. Une douzaine de raies mantas majestueuses, scindées en deux bancs, tournoyaient dans d’énormes boules de poisson fourrage. Ce jour-là, nos acolytes plongeurs ont laissé de côté leur air comprimé, et nous sommes allés tous ensemble nager avec les belles, pour admirer leur ballet sous-marin.
« Même là, j’ai eu l’impression de jouer avec les poissons ! » Les clowns, les gros yeux rouges, les papillons, même les napoléons parfois trop curieux ; elle les a tous aimés. Les tout petits bleus électriques surtout, qui inondent par milliers le récif.
Le livre des poissons sera d’ailleurs le seul souvenir qu’elle achètera à Malé, en fin de croisière. Elle nous l’a montré ravie. Tous y étaient en bon ordre ; les bleus aussi.
Nous ne doutions pas, en rentrant en France, qu’elle continue l’aventure. Elle nous avait demandé assez vite si de tels programmes existaient en mer Rouge. Peut-être même, pensions-nous, passerait-elle un peu sous la surface en apnée. Le « déclic » ne s’était pas produit, mais nous avions senti son envie poindre au fil des jours. Comme celui où elle n’avait pas pu voir les rascasses volantes cachées sous un surplomb. Elle avait eu beau tourner, virer, impossible de les découvrir sans devoir faire une petite apnée.
Nous avons récemment pris des nouvelles de Valérie. Elle a pas mal voyagé depuis mars 2006.
« Maintenant, je ne me déplace plus sans mes palmes, masque et tuba, nous écrit-elle dans un mail. J'ai même investi dans une combinaison pour pouvoir découvrir au maximum  les splendeurs des fonds marins. »
Elle est allée faire un petit tour du côté de la mer Rouge, en Egypte. Sympa, mais elle a vu moins de poissons que dans l’océan Indien. C’était en février et l’eau était un peu froide. « Je me suis tout de même bien régalée. Même sans bouteille, j'ai pu voir une épave de bateau. Impressionnant… » Elle a aussi          « sympathisé avec les murènes et les poulpes » entre Grèce et Turquie, « même dans ce coin, il y a des petits poissons colorés ».
Son prochain voyage ? Le Costa Rica. « Il paraît qu’il y a aussi des spots de snorkeling là-bas, donc j'emporte tout mon matériel. Si je déniche de bonnes adresses, je ne manquerais pas de vous en informer. »



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