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Tribu Snorkeling numéro 1 - avril juin 2008
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Mise à l'eau dans la baie des Cochons
Pour ce premier numéro, nous embarquons avec Olivier, Laurent et Frédéric. Nous les avions rencontrés au Salon de la plongée et ils avaient l’air plus qu’enthousiaste lorsqu’il s’agissait de parler de randonnée palmée. Cela était assez singulier pour que l’on se rapproche de ces excentriques qui animent le centre professionnel de plongée Planet Océan à Hendaye.
Parallèlement aux sorties classiques avec des plongeurs en scaphandre autonome, Laurent, Olivier et Frédéric proposent de vous guider en randonnée palmée. Leur philosophie affirmée est de ne pas mélanger les torchons et les serviettes (je ne vous dirai pas qui sont les torchons !) : les sorties plongeurs se font uniquement entre plongeurs et les sorties snorkeling uniquement entre snorkeleurs. Sans doute pensent-ils qu’ainsi les crabes seront mieux gardés. Pour preuve de leur détermination, ils ont investi dans un second bateau pour pouvoir clairement séparer les deux activités et organiser différemment les aménagements à bord.
La sortie commence au centre, où une vidéo ou un diaporama présente les points forts de l’excursion. Selon le site choisi, les conditions que vous allez trouver vous seront expliquées, comme les types de fond, les animaux et la flore la plus remarquable, ou les poissons plus rares que vous pourriez croiser.
On passe ensuite à l’intendance pour vous équiper de pied en cap : palmes, masque, combinaison. Le tuba, tout neuf, vous est offert (les pisse-froid vous diront qu’il est inclus dans le prix de la sortie). C’est très agréable de mordre dans un tuba qui n’a jamais connu d’autre bouche.
Nos trois chaperons sont au petit soin ; en début de saison ou si le temps est incertain, ils proposent des coupes vent pour éviter un refroidissement des athlètes pendant le transport.
Ces formalités terminées, un petit tour en clas-se ! Une dizaine de minutes assis devant le tableau noir pour le briefing : présentation de l’équipe, du bateau et du déroulement de l’après-midi. C’est aussi le moment d’évoquer la continuité entre la topographie de la côte hors de l’eau et les fonds sous-marins, de donner des conseils pour respecter les biotopes et leurs habitants fragiles.
Embarquement pour un court trajet en bateau ; les groupes, de huit randonneurs au maximum, sont constitués et chaque équipe emmène une planche d’observation (un Morey ou une planche d’un mètre carré avec des poignées). On peut y poser une espèce pour la regarder hors de l’eau, elle sert aussi de point de ralliement et permet à chacun d’observer le milieu sans avoir à gérer une flottabilité incertaine, voire de se reposer ou se rassurer si l’on n’a pas la palme sous-marine.
Les premières séances auront pour but de sensibiliser le randonneur aux richesses facilement observables. « Comme lors d’une promenade en forêt, on ne passera pas sur le chemin en courant, mais on prendra le temps de regarder les petites fleurs… Sous la surface, c’est la même chose, nous explique Olivier. On regarde entre les pierres pour trouver des ophiures (étoiles de mer mobiles, Ndlr), des crevettes ou encore des anémones de différentes couleurs. Avec les petites filles, on cherche plutôt des étoiles de mer rouges ; les garçons préfèrent débusquer les poulpes ! »
Le moniteur guide remontera parfois un cailloux sur la planche d’observation : les formes fixées sur la pierre sont-elles animales ou végétales, quels sont leurs moyens de protection, de quoi se nourrissent-elles, comment font-elles pour se reproduire ? Le moniteur spécifie bien ensuite que le caillou doit être reposé au même endroit, et surtout dans le bon sens. Les végétaux ont besoin de l’énergie lumineuse du soleil alors que les petits vers préfèrent l’obscurité de la face antérieure.
Lors de la promenade, le moniteur n’est qu’un guide naturaliste. Il doit évidemment connaître une grande diversité d’espèces : les algues rouges, munies d’un crampon solide pour pouvoir résister à la houle et aux déferlantes. Parmi elles, le gelidium, abondant au Pays basque, est très apprécié des fabricants de cosmétiques et de médicaments. Les anémones communes, grises ou vertes, avec des tentacules à l’extrémité parfois violette (celles-ci sont très urticantes), les nudibranches, les étoiles de mer rouges, les oursins, qu’ils soient bleus, blancs, verts ou noirs… Sans doute vous montrera-t-il aussi les holothuries, appelées concombres de mer, très nombreuses sur les fonds de sable, qu’elles filtrent pour se nourrir. Ophiures, éponges encroûtantes blanches, éponges grises dites « fesses d’éléphant » se trouvent sous les surplombs rocheux.
Bien sûr, il vous préviendra des différents poissons que vous croiserez presque à coup sûr : les bancs d’anchois, les oblades, les saupes, les rougets, les mulets, ou les blennies. Les rencontres avec les lieus, les bars ou les sars, sont possibles si la saison s’y prête. Les raies sont plus rares.
La sortie d’aujourd’hui se déroule dans la baie des Cochons ou anse Asturiagua. Encaissée, elle est protégée des vents ou de la houle dominante d’ouest. On peut y accéder à pied en passant par Fontarrabie (attention, vous êtes en Espagne et les panneaux indiquent Hondarrabia...)
Les fonds de la baie descendent lentement et progressivement depuis le bord. Cette zone est très intéressante. C’est une alternance de rochers et de blocs posés sur des langues de sable ou de la roche. Certains sont pleins de cavités, beaucoup sont recouverts d’algues.
La topographie sous-marine s’articule autour de longues dorsales perpendiculaires à la ligne de côte. Elles descendent en pente douce, adoptant un profil doux ou abrupt. Ces masses rocheuses sont faillées par endroits, certaines portions formant de véritables mille-feuilles de failles longitudinales. Entre ces doigts géants, des fjords sous-marins à fonds plats, certains emplis de sable, abritent une vie qui apprécie de se trouver ainsi à l’abri du courant.
Cette situation générale permet à une grande variété d’espèces vivantes de coexister. La proximité du Cap Higuier permet d’espérer à chaque instant la rencontre d’un bar, d’un banc de muges ou de gros sars tambours.
« Nous avons quelques sites comme celui de la baie des Cochons qui sont nos références, et pour ne pas lasser nos randonneurs fidèles, nous avons des sites plus secrets. Certains où l’on trouvera régulièrement de gros poissons : du bar, des balistes, du mulet, du sar ou des boules d’oblades. Nous avons une zone où nous laissons les randonneurs retrouver d’anciennes roues de moulins, cargaison d’un navire malheureux disparu au 19e siècle. »
Une autre balade vous conduira sur un site à l’architecture particulière ; les nageurs suivent une sorte de queue de lézard rocheuse, très alvéolée, posée sur un sable à gros-grains très clairs, qui renvoie une forte luminosité sur les parois de la roche.
Le tour de l’îlot du Cap Higuier, à marée haute, constitue une randonnée plus sportive, sur un fond de grosses roches entrelacées de plages de sable, de riches prairies d’algues rouges, qui attirent les sars et des zones couvertes d’oursins multicolores.
Même pour un snorkeleur jaloux de son indépendance et de sa liberté, une sortie avec nos trois moniteurs constitue sans aucun doute une riche expérience. A fortiori dans cette région magnifique où l’océan est célèbre pour ses démonstrations de force.
Rappelez-vous, « Atlantique » signifie courants et marées et si vous n’avez jamais fréquenté ces rivages, nous vous conseillons une première sortie avec des « gars de la côte ». Un snorkeleur averti en vaut deux.
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